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Archive journalière du 20 jan 2015

Conseil municipal de Saint-Pierre : retour sur la séance du 17 décembre 2014

CM.171214

Le 17 décembre dernier, le Conseil municipal de Saint-Pierre tenait sa dernière séance de l’année pour son Débat d’Orientation Budgétaire.

Voici l’allocution prononcée à cette occasion par Yannick Cambray, le chef de fil de l’opposition Cap sur l’avenir :

Madame le Sénateur-Maire,
Mesdames et messieurs,
Chers collègues,

Le débat d’orientation budgétaire est un exercice incontournable (et obligatoire) dans la vie d’une collectivité.

Elle permet à la majorité de dresser un bilan des finances de la collectivité (en l’occurrence, ici, celui de la commune  de Saint-Pierre) et surtout devrais-je dire, de présenter devant le conseil municipal les investissements programmés pour l’année à venir.

De son côté, l’opposition doit jouer son rôle en apportant sa contribution au débat par des critiques sur la politique mise en place, des critiques qui peuvent être négatives, voire positives (car dans mon esprit tout n’est pas tout noir d’un côté et tout n’est pas tout blanc de l’autre), en rappelant sa vision du développement et de l’aménagement de notre ville tout en se faisant l’écho auprès du conseil municipal des avis et des aspirations de nos concitoyens qui sont nombreux à nous interpeller.

Notre mandat a débuté voilà près de 10 mois. A l’issue des quelques réunions du Conseil Municipal qui ont ponctué cette année 2014, nous avons régulièrement souligné sur SPM 1ère, le manque d’ambition, le peu de nouveautés et de projets mis en place depuis votre réélection. Certes, en 2014, des chantiers importants ont vu le jour tels que celui des aqueducs et le début des travaux d’une déchetterie à Galantry.

Il est toutefois essentiel de préciser que ces deux chantiers étaient programmés, actés et financés grâce aux Fonds du FEI (Fonds Exceptionnel d’Investissement) et cela bien avant l’élection de mars dernier. Et de ce fait, quelque soit l’équipe élue en mars dernier, ces chantiers auraient de toute façon vu le jour.

Force est de constater qu’en 2014, mis à part ces chantiers déjà programmés et financés par l’Etat, rien de bien nouveau n’a vu le jour sur notre commune si ce n’est l’esplanade, la terrasse près de la bibliothèque municipale qui a permis à une trentaine d’amateurs de bénéficier gratuitement de la diffusion en plein air de 2 opéras avec une touche de « bruits et d’odeurs » venant des alentours qui détonnait dans le décor !

Pour revenir à un sujet plus sérieux, nous constatons tout simplement que la politique suivie par votre majorité n’est en fait qu’une continuité dans l’immobilisme avec un manque cruel de dynamisme.

Il serait cependant incorrect de ma part de passer sous silence les petites avancées dans le domaine du traitement de nos déchets. « Enfin, ça bouge » devrais-je dire. Car cette problématique, n’oublions pas que nous la soulevons au sein du Conseil Municipal de Saint-Pierre, depuis 2001 !

Soit près de 14 ans ! Mais comme le dit un proverbe : « mieux vaut tard que jamais ».

Il faut toutefois relativiser tout l’emballement médiatique que suscite chaque petit pas dans ce domaine. Car, concrètement, mis à part la récupération et le recyclage du verre, pas grand chose n’a véritablement évolué en 2014 !

La décharge est toujours envahie par des monticules de déchets (industriels comme ménagers) et ces derniers sont toujours brûlés à l’air libre !

Pour notre part, ce qui nous inquiète, c’est le traitement global de nos déchets, sans quoi rien n’avancera. Un traitement global qui doit concerner aussi bien les déchets ménagers que ceux issus des secteurs industriels et commerciaux.

A ce sujet, que devient le SYGED, sans quoi le traitement de nos déchets de manière globale et durable serait vain ?

Autre inquiétude : depuis plus de 3 mois, nous constatons que sur le site de la décharge, rien ne bouge. L’entreprise « NLL Recycling » semble avoir quitté les lieux en laissant des « ardoises » à droite et à gauche. Il semblerait qu’après avoir traité et expédié  ce qui était le plus « juteux » financièrement, le reste, soit tout ce qui est le plus polluant et le moins rentable, vous soit resté sur les bras !

L’amoncellement de pneus et de batteries qui devait être expédié en même temps que la ferraille est toujours sur site.

Pouvez-vous, Madame le Sénateur-Maire, nous en dire plus sur ce sujet et nous rassurer, comme la population d’ailleurs, sur le devenir de ce chantier ?

Je peux comprendre que certains s’étonneront de notre frilosité sur ce sujet. Il est en effet exact que l’immobilisme des années 2000 dans le traitement de nos déchets a laissé place depuis 2013 à une prise de conscience car il était devenu urgent d’agir surtout après le dépôt de plaintes par certains de nos concitoyens. Vous avez su saisir (et c’est à votre honneur) les contacts que notre mouvement a initié avec l’éco-organisme « Eco-Emballages».

Tout cela va dans la bonne direction, et nous vous en donnons quitus.

Vous avez su également mettre en place une excellente campagne de communication (relayée par SPM 1ère) sur le thème du traitement de nos déchets.
Cette campagne a tellement bien fonctionné que beaucoup d’habitants de l’archipel, comme ceux de l’extérieur, qui suivent l’évolution de cette problématique par le prisme du petit écran, sont persuadés que tout est réglé !

Des habitants de Saint-Pierre me demandent  même parfois : Pourquoi de la fumée s’échappe encore de la décharge !

Malheureusement pour ces personnes, et comme je le rappelais à l’instant, la réalité est moins belle que celle que l’on voit à la télé.

Nos déchets continuent à brûler et continueront à brûler encore longtemps car ce dossier est loin d’être réglé.

Aucune perspective, en effet, n’est encore tracée pour la grande masse de nos déchets, je veux parler de nos déchets industriels et commerciaux. Rappelons que ceux-ci représentent 70% du total de nos déchets.

Je souhaite ouvrir une large parenthèse, dans ce débat d’orientation budgétaire, pour traiter d’un sujet qui nous concerne de plein droit, en tant que conseillers municipaux, je veux parler d’une éventuelle évolution de notre statut.

Depuis quelques mois, plusieurs responsables locaux se sont exprimés à ce sujet, sans qu’il n’y ait de vrais débats au sein des assemblées locales sur ce thème, ce que nous ne pouvons que regretter.

Toucher à notre statut n’est en effet pas quelque chose d’anodin et cela nécessite une concertation la plus large possible et une transparence totale. Il est aussi bon de rappeler qu’avant toute évolution statutaire c’est la population qui aura le dernier mot et qui tranchera par le biais d’un referendum local.

Ceci dit, et avant d’ouvrir ce débat à la population, il faut se poser les bonnes questions à savoir : pourquoi changer de statut et surtout de quel statut parle-t-on ?

Si l’on parle de notre statut européen, la réflexion devra porter sur le fait de savoir si l’archipel doit rester ou pas un PTOM (c’est à dire un Pays et Territoire d’Outre Mer associé à l’Union Européenne) ou devenir une RUP (une Région Ultrapériphérique).

En tant que PTOM, nous bénéficions d’aides financières importantes de l’Europe par le biais de fonds appelés FED (Fonds Européens de Développement). Pour le XIème FED qui va courir jusqu’en 2020, l’archipel pourra compter sur une somme rondelette de 26 Millions d’Euros.

En devenant RUP, nous perdrions le FED mais nous pourrions bénéficier de l’intégralité des Fonds structurels et programmes d’aides de l’Europe avec de nombreuses aides spécifiques aux RUP.
Reste désormais à déterminer le montant de ces aides pour pouvoir comparer aux aides que l’on perçoit en tant que PTOM.

Se posent aussi d’autres questions :

  • Que deviendront les recettes douanières qui alimentent actuellement les caisses du Conseil Territorial et celles des Mairies ?
  • Garderons-nous notre présence au sein d’organismes comme l’OPANO et l’ICAT ?

D’où l’importance de se poser les bonnes questions et d’obtenir des réponses précises face aux bouleversements qu’entraînerait un changement de notre statut européen.

Une analyse de fond est indispensable pour mesurer et comparer les avantages et les inconvénients de chacun de ces deux statuts avant que l’on puisse trancher.

Si l’on parle de notre statut national, cette fois, c’est le statut de Collectivité Territoriale dont on parle.

  • Doit-on rester Collectivité ?
  • Doit-on redevenir département ?
  •  OU Doit-on aménager notre statut de Collectivité ?

Pour ma part, et les réflexions suivantes n’engagent que moi, je reste favorable, à l’instar de ce qu’ont déclaré sur les ondes de SPM 1ère deux Députés Européennes Françaises du MODEM qui nous ont visité récemment, à notre statut de Collectivité Territoriale qui nous accorde une large autonomie et un statut sur mesure.

Nous devons garder la maîtrise de nos impôts, droits et taxes ainsi que notre propre régime douanier tout comme la maîtrise de notre urbanisme.

Après une expérience de 12 ans en tant que conseiller territorial et 2 ans en tant que conseiller municipal, je pense sincèrement que des améliorations importantes doivent être apportées à notre statut actuel :

Au niveau électoral, la prime majoritaire doit permettre une plus large représentation de l’opposition, le régime des incompatibilités et inéligibilités doit être revu et au niveau de la campagne électorale officielle dans les médias, la « prime au sortant » doit être annulée pour respecter tout simplement la démocratie et la pluralité des opinions.

C’est au niveau institutionnel qu’une vraie évolution pourrait avoir lieu. Je pense évidemment au principe d’une collectivité unique qui prendrait la place à la fois de la Collectivité Territoriale et des deux Mairies.

Cette évolution serait une vraie révolution localement.

Face aux conflits de compétences qui opposent les Mairies à la Collectivité Territoriale et qui polluent la vie locale, face au nombre pléthorique d’élus locaux (+ de 60 pour 6000 habitants), pour des économies d’échelle et une meilleure efficacité en évitant les « doublons », le principe d’une collectivité unique me semble une bonne solution.

Avec une collectivité unique, fini les conflits pour savoir qui fait quoi ! Traitement des déchets, transport inter-iles, urbanisme, financement de l’enseignement privé….peu importe le sujet, tout serait de la compétence d’une seule collectivité.

Je viens de citer bien des raisons qui plaident en faveur d’une évolution statutaire. Par contre, je tiens à réfuter l’idée d’associer le changement de statut au développement économique ! Ce n’est pas parce que l’on changerait de statut que la prospérité économique nous tomberait dessus par magie.

La crise économique qui nous frappe et mine notre société est bien plus grave qu’un simple bidouillage statutaire.

Si l’archipel est en panne, économiquement parlant, c’est tout simplement du fait que nous ne produisons plus rien, ou quasiment plus rien, depuis l’effondrement de la pêche.

L’archipel est à la recherche d’un nouveau souffle économique et cela émergera du secteur privé, et de lui seul. La puissance publique (Etat ou collectivités) ne peut mettre à disposition que des outils pour favoriser le développement économique. Mais ce n’est pas la puissance publique qui se substituera à l’initiative privée. Et d’initiative privée, nous en avons besoin en urgence localement.

Lorsque l’on constate que la population active de l’archipel est employée à plus de  55% dans le secteur public et para-public, il est plus que temps que des projets privés voient le jour.

L’extension de notre plateau continental et les retombées que l’on peut y espérer, le projet de « grand port » si les grosses compagnies maritimes y adhérent, le développement des services et du tourisme sont certainement les pistes de notre avenir.

C’est en tout cas sur cette touche positive, sur cet espoir que je terminerai mon intervention en vous souhaitant à toutes et à tous de Joyeuses Fêtes de fin d’année.

Merci de votre attention.

Yannick CAMBRAY




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